Longtemps considéré comme une simple « recette de grand-mère », le purin d’orties est aujourd’hui un incontournable du jardinage naturel. À la fois engrais, stimulant et aide précieuse contre certains ravageurs, il s’impose comme une alternative crédible aux produits chimiques pour le potager et le jardin d’ornement. Bien préparé et bien utilisé, ce macérat d’orties peut transformer la santé de vos tomates, salades, fruitiers et massifs fleuris… sans ruiner votre sol ni votre budget.
Qu’est-ce que le purin d’orties et pourquoi est-il si efficace ?
Le purin d’orties est une préparation obtenue par macération prolongée de feuilles d’orties dans l’eau, jusqu’à fermentation complète. Le mélange délivre alors dans l’eau une grande quantité de nutriments et de molécules actives bénéfiques pour les plantes.
Les orties sont naturellement riches en :
- azote organique, qui stimule la croissance des tiges et du feuillage,
- potassium et autres minéraux utiles à la floraison et à la fructification,
- oligo-éléments (fer, manganèse, zinc…) qui soutiennent la photosynthèse,
- composés comme la silice, renforçant les tissus des plantes.
Résultat : le purin d’orties agit comme un véritable engrais naturel, mais aussi comme un biostimulant qui renforce la vigueur générale des cultures et leur résistance aux maladies cryptogamiques et attaques de parasites (notamment pucerons, en prévention).
Récolter les orties : où, quand et comment les choisir
Pour un purin d’orties de qualité, le choix de la plante est essentiel. Privilégiez l’ortie dioïque commune, que l’on trouve dans les talus, friches, bords de haies ou lisières de bois.
- Moment idéal : récoltez au printemps ou au début de l’été, avant la floraison, lorsque les tiges sont jeunes et tendres.
- Parties récoltées : principalement les feuilles et les jeunes tiges. Évitez les plantes montées en graines.
- Lieu de cueillette : loin des routes, cultures traitées et zones polluées, pour limiter les résidus indésirables.
Pensez à porter des gants et manches longues pour éviter les piqûres, et utilisez un sécateur pour couper proprement les tiges.
Recette du purin d’orties : la préparation pas à pas
La recette de base est simple, mais quelques détails changent tout.
Ingrédients et matériel :
- 1 kg d’orties fraîches (ou 100 g d’orties sèches) hachées grossièrement,
- 10 L d’eau de pluie de préférence (ou eau non chlorée),
- un récipient non métallique (seau plastique, poubelle alimentaire, fût en bois…),
- un bâton pour mélanger,
- un tissu ou couvercle posé simplement pour limiter les odeurs et les insectes.
Étapes de préparation :
- Remplissez le récipient avec les orties, sans les tasser exagérément.
- Ajoutez l’eau jusqu’à recouvrir complètement les plantes.
- Laissez fermenter de 7 à 15 jours selon la température (plus il fait chaud, plus cela va vite).
- Mélangez une fois par jour pour oxygéner la préparation et homogénéiser la fermentation.
- La fermentation est terminée quand il n’y a plus de petites bulles qui remontent à la surface.
- Filtrez soigneusement (vieux tissu, passoire fine) pour obtenir un liquide sombre et homogène.
Conservez ensuite votre purin d’orties dans des bidons opaques ou des bouteilles fermées, à l’abri de la lumière et de la chaleur. Il se garde plusieurs semaines, voire quelques mois, si le récipient est bien hermétique.
Dosages et utilisations : engrais, stimulant et traitement préventif
Le purin d’orties ne s’emploie jamais pur : il doit être dilué selon l’usage. Mal dosé, il peut brûler les feuilles ou déséquilibrer le sol. Voici les repères essentiels.
1. Engrais pour le potager (arrosage au pied)
- Dilution classique : environ 10 % (1 L de purin pour 9 L d’eau).
- Fréquence : tous les 10 à 15 jours en pleine saison de croissance.
- Plantes concernées : tomates, courges, choux, salades, plantes gourmandes en nutriments.
Arrosez toujours au pied, sur sol déjà humide, de préférence le soir. Pour les tomates, le purin d’orties favorise un feuillage vigoureux et une bonne fructification, tout en stimulant la vie microbienne du sol.
2. Pulvérisation foliaire (stimulation et légère action répulsive)
- Dilution douce : 5 % (0,5 L de purin pour 9,5 L d’eau).
- Usage : en prévention contre les attaques de pucerons et pour renforcer les défenses naturelles des plantes.
- Moment idéal : le matin par temps couvert ou en soirée, jamais en plein soleil.
Veillez à bien filtrer pour ne pas boucher le pulvérisateur.
3. Trempage des mottes avant plantation
- Dilution : autour de 5 %.
- Durée : 15 à 20 minutes de trempage des jeunes plants (tomates, courgettes, poivrons…).
- Intérêt : stimuler le système racinaire au repiquage et faciliter la reprise.
Au-delà du potager : jardin d’ornement, fruitiers, pelouse…
Le purin d’orties trouve aussi sa place en dehors du carré de légumes.
- Au verger : en arrosage au pied des jeunes fruitiers, il soutient la croissance et renforce la résistance aux maladies.
- Au jardin d’ornement : sur les rosiers et arbustes, en prévention et en entretien de printemps, toujours bien dilué.
- Pour le compost : un léger arrosage de purin dilué réactive la décomposition et enrichit le futur humus.
Et si vous cherchez à obtenir un tapis vert résilient, combinez une gestion naturelle de votre gazon avec des apports raisonnés de purin. L’utilisation de graminées adaptées comme le ray-grass anglais, très présent dans les prairies durables, permet d’installer un couvert robuste tout en limitant les intrants.
Les erreurs à éviter avec le purin d’orties
Parce qu’il est naturel, on a parfois tendance à croire que le purin d’orties ne comporte aucun risque. En réalité, certaines erreurs sont fréquentes :
- Le surdosage : un purin trop concentré peut brûler les racines ou le feuillage et saturer le sol en azote.
- Les apports trop fréquents : une plante suralimentée devient plus sensible aux maladies et attire certains ravageurs.
- L’utilisation en plein soleil : en pulvérisation, cela peut causer des taches de brûlure sur les feuilles.
- L’usage systématique sur toutes les plantes : certaines fleurs ou légumes peu gourmands n’en ont pas besoin aussi souvent.
Gardez en tête que le purin d’orties est un outil parmi d’autres dans une démarche globale de jardinage écologique, au même titre que le paillage, la rotation des cultures, l’association de plantes ou les solutions naturelles contre les mauvaises herbes dans la pelouse.
Intégrer le purin d’orties dans une approche durable du jardin
Utiliser le purin d’orties, ce n’est pas seulement remplacer un engrais chimique par un produit « fait maison ». C’est adopter une logique de cercle vertueux :
- vous valorisez une « mauvaise herbe » abondante et gratuite,
- vous limitez les achats de produits de synthèse et leurs emballages,
- vous nourrissez le sol au lieu de forcer uniquement la plante,
- vous favorisez la biodiversité (microfaune du sol, insectes auxiliaires…).
Combiné à d’autres gestes simples – accueil des pollinisateurs, choix de variétés rustiques, compostage des déchets verts –, le purin d’orties devient un véritable allié pour un potager productif, un jardin d’ornement florissant et un environnement préservé.
Accessible, économique et terriblement efficace lorsqu’il est bien maîtrisé, le purin d’orties prouve qu’un jardin luxuriant peut aller de pair avec le respect du vivant. Il ne reste plus qu’à enfiler vos gants, couper quelques orties… et laisser la nature travailler pour vous.